État des lieux global et indicateurs clés
Depuis 1990, la France a déjà réduit significativement ses émissions de GES (–32,5 % entre 1990 et 2024)[1]. En 2024, grâce au redressement du nucléaire et à la croissance des renouvelables, le mix électrique était à 95 % bas-carbone[1][2].
La facture énergétique nationale a fortement baissé en 2024 (57,8 Md€ contre 72,9 en 2023, –21 %)[3], reflétant à la fois un recul des importations et des prix plus bas pour le gaz et le pétrole[4][3].
Cependant, le rythme de baisse des émissions ralentit : après –10,2 % en 2023, les émissions industrielles sont presque stables en 2024 (–1,4 %) car la décroissance récente venait d’un effondrement d’activité, non de ruptures technologiques[5].
Par ailleurs, l’ambition climat (SNBC) reste élevée : les investissements bas-carbone (113 Md€ en 2024) devront doubler d’ici 2030 pour atteindre les objectifs européens[6][7].

Filière énergie – production et mix électrique

Au niveau électrique, la France a battu des records en 2024 : la production a atteint 539 TWh, en hausse de +9% par rapport à 2023[8].
Ce rebond s’explique principalement par la remontée de la filière nucléaire (+41,3 TWh) et d’une année exceptionnelle pour l’hydraulique[8]. En conséquence, la part d’électricité « décarbonée » a atteint un niveau historique (95 %)[1][2]. Le parc électrique s’est également étoffé (+6,7 GW d’installations neuves en 2024, surtout solaires) et l’EPR de Flamanville a enfin été couplé au réseau fin 2024 (1,6 GW)[2][9].

Sur l’ensemble de la production 2024, le nucléaire domine (361,7 TWh, 67 % du mix)[2]. Les renouvelables électriques progressent : hydro (75,1 TWh, 13,9 %), éolien terrestre et en mer (46,8 TWh, 8,7 %) et solaire (24,8 TWh, 4,6 %)[2][10]. Les fossiles sont marginaux : la production à gaz ne représente plus que 3,2 % (17,4 TWh) et le charbon 0,1 %.
Ces données confirment que la France reste largement dépendante du nucléaire pour décarboner son électricité, et que le déploiement des EnR avance (record de 150 TWh renouvelables en 2024)[2]. Du côté de la consommation d’énergie primaire, le pétrole reste la première source (≈38 %), suivi par le nucléaire (≈39 %) et le gaz (13,5 %)[11]. La part d’EnR (15,4 % en 2023) progresse lentement.
Filière énergie – consommation finale et factures
Le secteur résidentiel/tertiaire absorbe près de 45 % de l’énergie finale (30 % résidentiel, 15 % tertiaire)[12], tandis que les transports en consomment 33 % (essentiellement routiers)[12].
La consommation finale d’énergie stagne (-0,1 % en 2024)[13], sous l’effet du prix élevé des énergies et des politiques de sobriété. Le gouvernement a introduit plusieurs réformes (programme pluriannuel des EnR, taxes carbone) pour maintenir la pression à la baisse.
Par exemple, l’indicateur de dépense énergétique des ménages a chuté en 2024 pour les carburants et l’électricité[4][3]. En parallèle, la R&D et l’innovation en énergie sont soutenues : les investissements publics en R&D énergétique atteignent 2,7 Md€ en 2023 (+79 % en 4 ans)[14], notamment sur le nucléaire (SMR), l’hydrogène et le stockage.
Transports – vers l’électrique et la sobriété
Les transports restent le premier poste d’émissions (≈31 % en France)[15], dominés par la voiture particulière (80 % des km)[16]. En 2024, la consommation énergétique du secteur a à peine reculé (-0,1 %)[17].
Le parc automobile français vieillit (11,5 ans en moyenne) et demeure très polluant : seulement 2,9 % des voitures sont électriques au 1er janvier 2025 (5,5 % tous véhicules « alternatifs » confondus), et 73,5 % roulent toujours au diesel ou essence anciens (Crit’Air 3-5). Pour atteindre l’objectif fixé (15 % de véhicules neufs 100 % électriques en 2030[18]), l’État intensifie les aides (bonus écologiques, conversion) et déploie des infrastructures (bornes).
Des objectifs ambitieux sont également définis pour les bus (100 % vert en zones urbaines) et l’électrification des flottes publiques. Le covoiturage est stimulé (objectif 3 millions de trajets quotidiens d’ici 2027), car c’est une action à fort impact rapide sur la demande énergétique[19].
Malgré ces leviers, les freins demeurent : le malus poids trop tardif, l’adaptation des sociétés au télétravail, et la faible acceptabilité des mesures touchant l’automobile (seules 17 % soutiennent des restrictions routières)[20].
Bâtiment – rénovation vs passoires thermiques
Le bâtiment représente 30 % de la consommation finale d’énergie[12]. Les logements mal isolés (étiquettes F/G « passoires ») sont ciblés par la loi Climat : au 1er janvier 2025, ils ont été réduits à 14,4 % du parc (5,4 M de logements) grâce à des rénovations et à la réforme du DPE[21][22].
Les propriétaires doivent rendre ces logements décents : les DPE G ne peuvent plus être loués depuis 2025[23] (ce dispositif sera élargi aux F en 2028). Les aides (MaPrimeRénov’, certificats d’économies d’énergie renforcés) ont accéléré la rénovation, permettant de sortir 400 000 passoires en 2025[21].
Toutefois, des freins structurels subsistent : le coût élevé des travaux pour les ménages modestes, la pénurie d’artisans qualifiés, et la lente modification du parc.
Agriculture – réduction limitée des émissions
L’agriculture émet environ 18 % des GES français (méthane et N₂O) et a vu ses émissions baisser de ~18 % entre 1990 et 2024[24].
Cette baisse s’explique surtout par le recul du cheptel bovin (–19 % en méthane, –21 % en protoxyde d’azote)[24]. Les émissions du secteur ont continué de diminuer récemment, mais très lentement (–1 % en 2023, –0,4 % en 2024[25]), et le premier semestre 2025 montre même un léger rebond. La tendance est mitigée : les émissions d’élevage cèdent du terrain, tandis que celles liées aux engrais et aux cultures augmentent[26].
La SNBC impose une trajectoire encore plus rapide (–50 % d’ici 2050)[27]. Les leviers de transformation passeraient par le développement de l’agroécologie, la réduction des intrants (engrais, carburants), et des changements alimentaires (baisse de la viande). Les plans nationaux (SNBC, Pacte France 2030, plan « Agriculture Climat ») commencent à mobiliser ces leviers, mais leur mise en œuvre reste lente.
Industrie lourde – progrès inégaux
L’industrie (hors bâtiment) est le 3ᵉ plus gros émetteur (≈16,9 % des GES, 62,4 MtCO₂e en 2024)[5].
Après une forte décrue en 2023 (–10,2 %), sa baisse d’émissions s’est quasiment arrêtée en 2024 (–1,4 %)[5], car la moindre production expliquait la majorité du recul. Un plan national (50 sites les plus émetteurs) a été lancé en 2022 pour diviser par deux les émissions industrielles en dix ans. Ainsi 32 « contrats de transition écologique » ont été signés en 2023, engageant des industriels (ferriers, cimentiers, papetiers…) sur des trajectoires ambitieuses[28].
Pour l’instant, les avancées sont très inégales. Les matériaux de construction (ciment/agglo) ont diminué leurs émissions (–5,9 % en 2024) principalement en raison d’un recul conjoncturel de production[29], mais importent désormais plus de clinker polluant. En sidérurgie, la production mondiale faible fait remonter légèrement (+1,6 %) les émissions françaises en 2024[30]. ArcelorMittal (20% des émissions industrielles) a réduit ses émissions de 6,3 % en 2024 (fermeture d’un haut-fourneau)[30], mais a également mis en pause son projet d’« acier vert » à hydrogène, invoquant un manque de soutien public. Il a annoncé en 2025 un plan moins ambitieux (four électrique et captage de CO₂) pour Dunkerque[30].
La chimie reste le secteur industriel le plus émetteur et n’a pas engagé de transformation majeure : ses émissions ont stagné, voire augmenté avec la reprise d’activité en 2024[31]. Faute de ruptures technologiques rapides, la décarbonation s’appuie surtout sur l’efficacité énergétique, la cogénération et l’électrification partielle, nécessitant des investissements massifs.
Leviers transversaux et obstacles structurels
Pour déployer la transition, la mobilisation des financements publics et privés est cruciale.
Le plan de financement (SPAFTE) insiste sur le doublement des investissements bas-carbone d’ici 2030 (au-delà des 113 Md€ 2024)[6]. L’essentiel des besoins d’investissement (véhicules électriques, rénovation, nouvelles usines décarbonées) repose sur le secteur privé[6]. L’État renforce donc les aides (CEE, bonus/malus auto, MaPrime) et la fiscalité verte pour orienter ces investissements[32]. La R&D est aussi un levier : la France augmente ses budgets nucléaires et innovants, et soutient des projets de démonstration (hydrogène, batteries, SMR, captage/carbone).
Les freins structurels restent importants. Il existe un manque de visibilité et de garanties sur l’accompagnement public, ce qui ralentit les décisions d’investissement industriels[33]. Les coûts élevés des technologies vertes (éolien offshore, hydrogène bas-carbone, stockage…) suscitent des réticences sans cadre clair. La fiscalité écologique soulève des débats (hausse des taxes carbone, gel des loyers pour passoires) et doit trouver un équilibre entre incitation et justice sociale.
Enfin, l’acceptabilité politique et sociale est cruciale : la société est de plus en plus inquiète du climat (7 Français sur 10 ressentent ses effets) et favorable à la science comme guide politique (8 sur 10)[20], mais toute mesure mal expliquée (hausse du prix des carburants, interdiction de certaines voitures, aménagement des sols) rencontre parfois de fortes résistances.
Effets positifs et points critiques
La transition génère déjà des bénéfices mesurables : baisse des émissions et de la pollution (air et eau), économies d’énergie pour les ménages (facture allégée) et gains de compétitivité pour les entreprises économes.
Par exemple, l’efficacité énergétique dans l’industrie ou les bâtiments engendre directement des économies financières sur la facture énergétique. Le développement des énergies renouvelables locales améliore l’indépendance énergétique. Mais certains enjeux restent critiques : la qualité du logement (passoires résiduelles), la diversité du mix énergétique (le nucléaire demeure central, risque de pénuries d’investissement), la fiscalité (compensation sociale des taxes vertes) et l’équité territoriale.
Il faudra surveiller de près l’évolution des consommations (surtout diesel et aviation) et les indicateurs de résilience (capacité hydraulique, gestion de l’eau) pour éviter les impasses.
Perspectives 2026 – signaux faibles à suivre
En 2026, plusieurs signaux faibles influenceront la trajectoire :
- la montée en puissance de l’électricité renouvelable (nouveaux parcs solaires et éoliens),
- l’essor des technologies émergentes (piles à hydrogène, recyclage chimique),
- l’évolution du comportement (plus de covoiturage, télétravail).
La tenue des présidentielles 2027 sera en partie jugée sur ces enjeux : 80 % des Français demandent plus d’implication des collectivités et des élus dans la transition[34].
Du côté des collectivités et entreprises, on suivra les résultats des nouveaux contrats (50 sites) et l’exécution du budget vert, ainsi que la mise en œuvre des réformes (loi énergie-climat, budget 2026).
Le retour d’expérience de 2025 sur le climat (vagues de chaleur, inondations) pourrait aussi renforcer la légitimité des actions.
En résumé, la France est engagée dans un parcours exigeant : elle dispose d’atouts (électricité bas-carbone, industrie innovante, consensus public sur la science) mais doit maintenant transformer ces acquis en accélérations concrètes pour tenir les objectifs climatiques.
Les décideurs économiques devront jouer un rôle actif pour lever les verrous et multiplier les investissements « verts » afin de consolider ces premiers progrès.
Sources : données CGDD/SDES et RTE 2024[12][8][10], baromètres publics 2024[20], analyses RAC-Citepa 2025[5][31], rapports officiels (SPAFTE, SNBC)[1][23], etc.
[1] [6] [7] [32] Financer la transition écologique : ce que prévoit la SPAFTE dans le PLF 2026 | budget.gouv.fr
[2] [8] [9] [10] BE 2024 – Production | Analyses et données
[3] [12] [14] [20] [21] [22] onfographie.pdf
file://file_000000006a64722fbd86141e607b0a0c
[4] [13] [17] Bilan énergétique de la France en 2024 – Données provisoires | Données et études statistiques
[5] [28] [29] [30] [31] [33] Les efforts engagés par l’industrie française restent encore trop partiels pour constituer une décarbonation structurelle et durable – RAC/FNE – Citepa
[11] L’énergie~: au cœur de la lutte contre le changement climatique – notre-environnement
[15] [16] [18] [19] Mieux se déplacer avec la planification écologique | info.gouv.fr
[23] Propriétaires bailleurs -Les passoires thermiques les moins bien isolées ne peuvent plus être mises en location | Service Public
[24] GHG emissions from agriculture | Climate change observations – 2025 edition
[25] [26] [27] Les émissions de gaz à effet de serre de l’agriculture sont en baisse – Pleinchamp
[34] Municipales 2026 : comment la transition écologique s’est imposée …

