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Le consensus se fissure t-il ?

Mathieu by Mathieu
février 16, 2026
in Entreprises
Dirigeants en réunion face à des graphiques financiers et climatiques illustrant les tensions entre performance économique et transition écologique des entreprises.

Entre exigences climatiques, pressions financières et responsabilités juridiques, la transition écologique sort du discours pour entrer dans l’arbitrage économique.

Sur fond de débat autour de la loi Duplomb 2, et après la pétition déclenchée par l’examen de sa première version, il apparaît clairement que politique, économie et écologie avancent dans un climat d’hésitations multiples. Les lignes ne sont plus nettes. Les arbitrages sont mouvants.

Simplification des normes, ajustements environnementaux, volonté affichée de « réalisme économique » : le texte s’inscrit dans une logique assumée de compétitivité et de souveraineté productive. Il répond à une inquiétude réelle du monde agricole face à l’empilement réglementaire et à la pression internationale.

Mais en creux, il révèle aussi une question plus large : lorsque la transition écologique entre en tension avec la performance immédiate, quelle priorité l’emporte ?

Ce débat dépasse largement le cadre agricole. Il traduit une dynamique plus profonde où la recherche d’équilibre entre impératif écologique, stabilité économique et acceptabilité politique devient de plus en plus délicate. Les atermoiements actuels ne sont pas un accident : ils sont le symptôme d’une transition qui quitte le registre des intentions pour entrer dans celui des arbitrages concrets.

Le consensus durable : un équilibre fragile (et confortable)

Pendant une quinzaine d’années, la durabilité en entreprise a surtout été une politique de bord : on ajoutait des engagements, on adhérait à des labels, on publiait des rapports, on fixait des horizons 2030/2040/2050. Tout cela a eu une utilité (mettre des sujets sur la table, créer des comparaisons, structurer un vocabulaire commun), mais ce cadre a aussi permis une ambiguïté : avancer “ensemble”… sans toucher au cœur du modèle économique.

Le consensus tenait parce qu’il était peu conflictuel : tant que les objectifs restaient assez lointains et que les coûts étaient dilués (ou externalisés), la durabilité pouvait cohabiter avec des priorités classiques (croissance, marges, retour aux actionnaires). Le “ESG” servait alors de langage de convergence : suffisamment large pour rassembler des acteurs très différents, suffisamment malléable pour éviter les arbitrages douloureux.

Mais ce modèle a une limite mécanique : la transition, lorsqu’elle devient concrète, exige des choix (CAPEX, arrêt de certaines activités, changements d’offre, remise en cause d’approvisionnements, hausse de coûts à court terme). Et à ce moment-là, la durabilité cesse d’être une posture pour devenir une discipline — donc un facteur de conflit.

Starbucks : quand l’ESG redevient « optionnel » dès qu’il pèse

Le cas Starbucks est intéressant parce qu’il signale un basculement symbolique : l’entreprise a retiré des références explicites à la durabilité et à la diversité dans la structure de rémunération variable de ses dirigeants, remplacées par un objectif plus général lié à la “main-d’œuvre” (workforce). (Bloomberg)

Ce n’est pas qu’un détail RH : c’est un indicateur de hiérarchie des priorités. Tant que les critères ESG sont périphériques, ils peuvent être intégrés sans heurter les arbitrages majeurs. Dès qu’ils deviennent contraignants (par exemple quand ils influencent les décisions d’investissement, la chaîne d’approvisionnement ou les coûts), ils peuvent être relégués, reformulés ou neutralisés.

Ce type de décision rappelle que beaucoup d’engagements ont été conçus comme réversibles. Et c’est précisément cette réversibilité qui alimente aujourd’hui la défiance : si l’ESG est “important”, pourquoi disparaît-il quand la pression monte ?

PFAS : la transition quitte le volontaire et entre dans le juridique

À l’inverse, l’action en justice de près de 200 habitants contre Arkema et Daikin dans la “Chemical Valley” près de Lyon illustre le mouvement opposé : la durabilité n’est plus une promesse, mais une affaire de préjudice, de causalité, de réparation. (Le Monde.fr)

Ici, le changement est structurel : on ne discute plus “objectifs” et “feuilles de route”, on discute responsabilité, exposition, dommages, contamination, et coûts (y compris, potentiellement, de dépollution à très long terme). (Le Monde.fr)
Et ce basculement est majeur pour le monde économique : quand la soutenabilité devient un sujet de contentieux, elle cesse d’être un avantage réputationnel pour devenir un risque complet (juridique, financier, opérationnel).

La contrainte ne vient plus uniquement des consommateurs, des ONG ou de la régulation. Elle vient des victimes, et du droit. C’est une étape de maturité… mais aussi un moment où le consensus s’effrite, parce que la question n’est plus “qui veut avancer ?” mais “qui doit répondre ?”.

BP : la fracture passe aussi par la finance (et par la valeur)

Le dossier BP montre une autre fissure : celle qui traverse la finance institutionnelle. Des investisseurs — dont des fonds de pension et un actionnaire activiste — demandent à BP d’expliquer comment un retour plus marqué vers l’amont pétrole et gaz créera de la valeur dans des scénarios où la demande fossile décline. (Reuters)

Ce point est essentiel : l’argument n’est pas principalement moral, il est économique. Il s’agit de discipline de capital, de risque d’actifs échoués, d’exposition à la volatilité, et de trajectoire de rentabilité. (Reuters)
Et en février 2026, l’actualité financière de BP (impairments sur des actifs “low carbon”, suspension du buyback, recentrage) rappelle à quel point la transition est devenue une question de performance et de crédibilité stratégique — pas seulement de communication. (Reuters)

La finance “se fracture” parce que l’ESG n’est plus un supplément d’âme. Il devient un débat sur l’allocation du capital et sur ce qui protège réellement la valeur à long terme. Et là, forcément, le consensus mou ne tient pas.

B-Corp et SBTi : les labels passent de l’inclusion à la sélection

Deux évolutions illustrent le durcissement des référentiels.

1) B Corp : relever le standard, accepter d’exclure
B Lab a publié de nouveaux standards (évolution majeure) avec une logique plus exigeante : l’idée n’est plus de compenser des faiblesses par des “scores” élevés ailleurs, mais de demander des attentes plus robustes par grands thèmes, dans une trajectoire structurée. (B Lab Europe)
Cette orientation est cohérente avec un changement de fonction des labels : ils ne servent plus seulement à “embarquer” ; ils doivent distinguer ceux qui transforment réellement.

2) SBTi : des objectifs à des plans de transition plus vérifiables
La révision du Corporate Net-Zero Standard (Version 2, draft) met davantage l’accent sur des exigences de planification et de contenu de plans de transition, avec une logique de crédibilité et de comparabilité renforcée. (Science Based Targets Initiative)
Autrement dit : moins de déclaratif, plus de “comment” (roadmap, actions, jalons). (Science Based Targets)

Ce durcissement se fait dans un contexte tendu, où des débats existent sur la capacité des standards à s’appliquer à certains secteurs (notamment oil & gas), avec des frictions publiques.
Et c’est normal :

Plus un standard devient exigeant, plus il devient politiquement et économiquement clivant.

Conclusion : la durabilité ne recule pas — elle devient coûteuse, donc conflictuelle

Ce que révèle votre texte, c’est une idée simple et un peu inconfortable : la durabilité n’était consensuelle que tant qu’elle restait “gérable”.
Dès qu’elle impose des renoncements, des CAPEX, des changements d’offres, des contraintes juridiques ou des arbitrages de rémunération et de stratégie, le consensus se dissout.

  • Starbucks illustre la réversibilité quand l’ESG devient gênant. (Bloomberg)
  • Les PFAS illustrent la judiciarisation quand les dommages sont trop massifs pour rester dans le champ du volontaire. (Le Monde.fr)
  • BP illustre la discipline financière et le débat sur la création de valeur sous contrainte climatique. (Reuters)
  • B Corp et SBTi illustrent une transition des outils : moins rassembler, plus trier. (B Lab Europe)

C’est précisément pour cela que le consensus ne tient plus : la transition entre dans sa phase adulte.

Inspiré par l’excellent article de Novethic : https://www.linkedin.com/pulse/la-durabilit%C3%A9-faisait-consensus-tant-quelle-ne-changeait-pas-qr5mc/

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